LE CERCLE DE L’ART MET EN LIEN ARTISTES FEMMES ET COLLECTIONNEURS
La crise du Covid-19 a eu un mérite : offrir au monde de l’art la possibilité de repenser son modèle économique. Margaux Derhy a créé le Cercle de l’art, qui entame en cette rentrée sa troisième année d’existence. L’idée ? Mettre en lien artistes femmes et collectionneurs, afin d’assurer aux premières un revenu mensuel.
« Pendant la pandémie, l’État français a donné des aides. J’ai vu autour de moi mes amis artistes les recevoir, en être soulagés… Et j’ai ressenti cet impact positif. » Margaux Derhy (née en 1985) n’est pas une artiste comme les autres. La Parisienne s’est formée en autodidacte à la peinture ; a étudié l’économie et la sociologie à l’université Paris-Dauphine, puis a suivi un master en affaires européennes. À ce solide bagage, elle a ajouté à 32 ans un complément artistique (enfin !) en passant par la prestigieuse école d’art londonienne Central Saint Martins, puis le Royal College. Bref, Margaux Derhy a les pieds sur terre.
Elle pense le Cercle de l’art, une initiative entrepreneuriale dont elle considère qu’elle « fait entièrement partie de [s]a pratique artistique, car elle fait écho à [s]es recherches en créant du lien, dans un esprit de communauté ».
Le Cercle de l’art se base sur un principe simple : un paiement sur douze mois. Au lieu de passer par une galerie d’art pour acheter une œuvre, les collectionneurs acceptent de soutenir au quotidien l’autrice de l’œuvre en question en lui versant chaque mois une mensualité. Autrice ? « La première année, 80 % des candidatures venaient d’artistes femmes. Je ne voulais pas que ce soit déséquilibré, et puis je me suis dit que si ça n’intéressait que les femmes, c’est qu’il y avait une raison : en dehors de la sous-représentation des femmes dans le marché de l’art, il y a un sujet de manque de confiance en soi… » C’est donc aux femmes, et uniquement à elles, que décide de s’adresser le Cercle.
Les candidatures sont examinées selon trois critères : le côté humain (« la générosité »), l’envie de collectif et le potentiel de la pratique artistique. Les adhésions sont renouvelables d’année en année. Quant aux collectionneurs, ils arrivent au Cercle par le bouche-à-oreille, tout simplement. Souvent, nous dit Margaux, ils soutiennent plusieurs artistes. Eux bénéficient des avantages en nature du « Club des collectionneurs » : visites d’ateliers, rencontres…
Parmi les 102 artistes accompagnées en 2023, la peintre Margaux Desombre (née en 1988) a vendu ses œuvres à quinze collectionneurs différents, ce qui lui a permis de s’assurer un salaire mensuel (en moyenne, les artistes vendent huit œuvres et reçoivent 650 € par mois). Elle complète : « Le Cercle m’a apporté une certaine confiance : être entourée d’artistes permet de se projeter. Nous avons des groupes de discussion où nous parlons des galeristes, des prestataires comme les encadreurs… On est nombreuses, on peut s’apporter un soutien émotionnel, s’entraider. L’année est ponctuée d’événements organisés par le Cercle pour que nous puissions nous retrouver. Ça fédère ! »
