BEAUX ARTS MAGAZINE

JE N'AIME PAS RÉDUIRE L'IMAGE DE L'ARTISTE À QUELQU'UN QUI GALÈRE. IL PEUT AUSSI INVESTIR DANS SA CARRIÈRE !
Inès Boittiaux, Beaux Arts Magazine, January 30, 2024
Margaux Derhy et le fil des relations humaines
 
L’artiste Margaux Derhy développe depuis plusieurs années une œuvre profondément narrative, à la croisée de la peinture et de la broderie, où le fil devient un outil de liaison autant que de réparation. Son travail s’attache aux relations humaines, à la mémoire familiale et aux histoires de femmes, souvent issues de contextes de migration ou de transmission silencieuse.
Formée à la peinture, notamment au Royal College of Art à Londres, Margaux Derhy a progressivement intégré la machine à coudre et la broderie à la main dans sa pratique. Le fil n’est pas décoratif : il vient souligner, suturer, parfois contraindre l’image. Il marque le temps, la répétition du geste, l’attention portée aux détails. Cette hybridation des médiums donne naissance à des œuvres d’une grande délicatesse, où la lenteur du processus est pleinement revendiquée.
Une part essentielle de son travail se développe aujourd’hui au Maroc, dans la région de Massa, où elle a créé un atelier de broderie réunissant plusieurs femmes du village. Ensemble, elles réalisent des œuvres de grand format, selon un processus collectif et exigeant. Cette collaboration permet à ces femmes d’accéder à une indépendance économique, tout en participant à une démarche artistique contemporaine reconnue sur la scène internationale.
Les figures féminines représentées par Margaux Derhy ne sont jamais idéalisées : elles apparaissent absorbées, concentrées, parfois absentes, comme suspendues dans leurs pensées. À travers elles, l’artiste interroge la place des femmes, la transmission intergénérationnelle, le soin, la fragilité et la force silencieuse.
Parallèlement à sa pratique artistique, Margaux Derhy est la fondatrice du Cercle de l’Art, une initiative dédiée à l’émancipation économique des artistes femmes. Le Cercle propose un modèle alternatif au marché de l’art classique, fondé sur la solidarité, la pédagogie et la sécurité financière, permettant aux artistes de percevoir un revenu mensuel et de s’inscrire dans le temps long de la création.
À travers son œuvre comme à travers ses engagements, Margaux Derhy construit une pratique où l’art, le collectif et le politique sont étroitement liés, faisant du fil le symbole d’un lien à la fois intime et universel.
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